L’expérience de Milgram et la soumission à l’autorité
Yale, 1963. Stanley Milgram recrute des participants ordinaires pour une expérience présentée comme une étude sur l’apprentissage. Ils doivent infliger des chocs électriques à un “élève” chaque fois que celui-ci se trompe — des chocs de plus en plus forts, jusqu’à 450 volts. L’élève crie, supplie, puis se tait. L’expérimentateur dit simplement : “Continuez.”
65% des participants ont poussé jusqu’au niveau maximum. Pas des sadiques. Des gens ordinaires, comme vous et moi.
“Les participants n’étaient pas des monstres. Ils obéissaient. Et c’est précisément ce qui est monstrueux.”
Stanley Milgram, psychologue socialPourquoi nous obéissons
L’obéissance à l’autorité est un mécanisme neurologique profond. Dans un groupe social, la hiérarchie est une structure de coordination essentielle — elle permet la coopération, la transmission du savoir et la prise de décision collective. Notre cerveau a appris à associer autorité et compétence, et à suivre les directives de ceux qui sont au-dessus dans la hiérarchie.
Face à une figure d’autorité, le cortex préfrontal — siège du jugement moral — peut partiellement se déconnecter. L’individu entre dans un “état agentique” — il se perçoit comme exécutant la volonté de l’autorité plutôt que comme acteur autonome responsable de ses actes. La responsabilité morale est transférée vers le haut de la hiérarchie.
Ce que Milgram nous apprend sur les organisations
L’expérience de Milgram n’est pas une curiosité historique. Elle est un miroir tendu à chaque organisation. Combien de décisions contraires à l’éthique ont été exécutées parce que “c’est ce que le management a décidé” ? Combien de pratiques nocives perdurent parce que personne ne se sent personnellement responsable de les remettre en question ?
Les organisations qui créent des cultures de sécurité psychologique — où chacun peut exprimer un désaccord sans craindre de représailles — ne font pas que respecter l’éthique. Elles se protègent aussi des dérives systémiques que Milgram a mises en évidence.
Milgram ne nous dit pas que nous sommes mauvais. Il nous dit que nous sommes malléables. Et cette malléabilité — cette capacité à obéir — peut servir le bien comme le mal selon la qualité de l’autorité à laquelle nous nous soumettons. La conscience de ce mécanisme est notre première ligne de défense.
- 65% des participants ordinaires ont obéi jusqu’au choc maximum de 450 volts
- L’obéissance active un “état agentique” qui réduit le sentiment de responsabilité personnelle
- La proximité physique avec la victime et la légitimité perçue de l’autorité modulent l’obéissance
- Les organisations doivent créer des cultures où le désaccord est possible et valorisé
Explorez les mécanismes de l’obéissance
et du leadership éthique
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